Tu t'attends peut être à ce que je te parle de la Saint Valentin. Ben t'as raison.

On s'est retrouvé à cinq, tels des âmes en perdition (surtout que Suzanna venait de se faire larguer, le jour même de la St Valentin, et par texto en plus : "jan m une otre je cass dsl" ou un truc du genre...)
Ce qui nous a permis de dire du mal pendant une bonne heure et demi, et de consoler Suzanna, qui criait à la fin que ce mec n'était qu'une immonde baltringue de ses deux, et que dire qu'elle s'était épilée les sourcils spécialement pour cette ordure, même pas une ordure, un déchet, ouais un déchet!

Ensuite, on est allés dans une salle pour une soirée organisée par des gens de la cité U de Denise, où un concours de beauté était organisé! (genre Mister et Miss Cité U, trop valorisant.) Et là, horrreeeeeuuur : Gaëtan était pile dans les quatre finalistes. Denise s'est mise à siffler en hurlant "DégAAAAAAAAAAAAge avec tes muscles et ton marcel, Tu t'crois dans Prizon Brèèèèèèèèèk ou quoi?" (je retrouve avec elle les hontes que j'avais avec Pénélope, des fois). Le problème, c'est que ce mec a des groupies, et ça, Denise, elle le savait pas, ce qui est bien dommage, parce qu'on est devenus les parias de la soirées. Jusqu'à ce que ces filles découvrent qu'on était avec Jivé, et qu'elles se mettent à le draguer. Il a même une groupie à l'école, qui était là aussi. Elle lui a dit: "Joyeuse Saint Valentin Jean-Vincent" (personne ne l'appelle comme ça, gourdasse!) La honte pour elle.

Et puis, après la victoire de Gaëtan et d'une brune plantureuse (selon les mots du "speaker" qui sortait une blague pas drôle toute les 5 secondes) on a dansé comme dans un bal de promo. Oui avec des slows de merde et tout. (le didjé a bien vu que le tango marchait pas des masses, et que Denise et moi on était les seules à danser tel des kékés en traversant la piste de long en large et en hurlant des trucs en italien, et qu'on faisait peur aux gens.)
Par contre le rock a beaucoup plus marché. D'ailleurs Jivé m'a invitée et en plein tourniquet de dessous de bras (vous voyez de quoi je veux parler) il m'a hurlé : "eh j'ai vu un championnat de rock à la télé où le mec lançait la fille dans les airs. C'est cool non?" Je voyais venir le problème gros comme un manoir, et j'ai décidé d'esquiver la chose en lui lachant la main, ce qui m'a projetée vers l'infini et au delà, grâce à la force découverte par un naze comme Newton ou Einstein, et je me suis  violemment emplafonnée un mec qui traversait peinard la piste de danse, un verre de punch à la main. Et là Jivé court et hurle : "Oh pardooooon Djiou, j't'ai lâchée (brave gars)" et zip, il se tape la glissade de la mort sur la flaque de punch et se gadine.
C'est alors que le gars que j'ai cogné, me sourit et fait "Hep salut"
Alors que je lui répondais, impressionée par son style de dandy destroy, et d'ailleurs je ne comprenais pas comment ça se faisait qu'il se trouvait dans une soirée aussi pourrie, seul, le jour de la St Valentin, Jivé se relève, m'entoure les épaules d'un bras qui se voulait protecteur s'il n'était pas aussi frêle, et dit avec une voix genre Nick Cave : "Elle est avec moi."
Moi : "Jivé, tu saignes du nez."

Après avoir papoté quelques minutes avec le mec, avec qui je semblais avoir des points communs et des atomes crochus, et qui en plus, ne me prenait pas pour une idiote, Jivé se repointe, le nez nettoyé, et me dit "Allez, on s'fait un p'tit rock?". Je regarde ses pompes et je lui fais: "t'as vu le vernis est abîmé..." J'ai bien vu que ça le mettait trop mal que ses pompes soient abîmées par sa chute dans le punch. J'ai poussé un soupir et je suis allée danser après avoir fait un petit sourire d'excuse à l'autre.
Mais pas de bol pour Jivé, le destin allait en décider autrement. Denise m'attrape par le bras et me hurle pour couvrir la musique : "Comment t'as fait pour aller parler au type là bas? Putain, ça fait depuis le début de l'année que j'essaie de trouver quoi lui dire et comment lui parler, putain comment t'as fait?"
Je lui ai répondu que je lui avais foncé dedans et que je lui avais renversé le punch qu'il avait acheté 3€ dessus, et qu'ensuite Jivé avait glissé et était tombé et qu'il avait fait croire qu'il était mon mec.
Elle : "wow la vache, t'es un vrai génie. Une déesse de la stratégie amoureuse. Je m'incline!"
J'ai pas eu le courage de répondre.

Ce matin, dans le brouillard, Denise arrive, surexcitée et me hurle : "Ca y est, je lui ai parlé! Ce matin quand il est sorti de sa chambre, je l'ai croisé, et je lui ai fait : 'dur le réveil hein?' et il m'a dit 'ouais' en rigolant. C'est cool hein? Bon après on a  un peu parlé de la soirée d'hier. Il est sympa, il s'appelle Ralph."
Moi : "Bin tu vois, pas la peine de lui renverser du punch dessus!"
Et elle s'est mise à glousser.

Voilà le problème, la St Valentin rend les gens underground pas undergound.