Enfin, le retour d'Internet (et de l'inspiration) dans le studio !

En fait, Denise, dès la première soirée, a pété ma livebox, ce qui explique également ce silence... Il faut dire que la fille avait atteint un niveau assez élevé d'éthilisme, et elle voulait nous montrer une vidéo sur YouTube, mais elle s'est emmeélée les pieds et s'est littéralement écrasée sur mon bureau, ce qui a provoqué le jaillissement de la livebox qui s'est éclatée sur le sol, avant que Denise ne lui atterrisse dessus avec un gros crac.
J'ai toujours kiffé sa délicatesse.
C'est d'ailleurs toujours avec délicatesse qu'elle a rompu avec Ralph, son dandy punk violemment beau, par texto. Et lors d'une balade dans le centre ville, alors qu'on allait à la fnac, on a croisé le gars en question, et De nise a fait celle qui est vachement concernée par la devanture d'une boutique. Elle s'éternisit tellement que j'ai dû lui dire : "Ecoute Denise, arrête de regarder les marbres de ce magasin de pompes funêbres, il a changé de trottoire."

Mais parlons de ma relationship with Jivé. Jivé est, comme qui dirait, un brave gars. Même si parfois il me saoule à parler de l'insécurité sociale d'après Robert Castel, ou de la nation selon Schnapper (pas le petit crocodile, l'autre) (wow, cette blague valait moins que deux balles). ("Mais tu te rends compte que la société est elle-même créatrice de ses propres risques afin de tisser un lien d'interdépendance entre les individus reposant sur des peurs communes et un besoin toujours plus prégnant de nouveaux dispositifs de protection...")
Et quand je lui dis oh tais toi un peu on parlait de Sex & the City, il a un regard si triste qu'on croirait qu'un vilain lui a rayé son vinyle collector des Cockney Rejects.
(alors que, sans blague, c'est juste des mecs qui braillent comme des hooligans sur deux accords, en hurlant "Oi" à tort et à travers.)Mais surtout, depuis qu'il s'est acheté une platine vinyle dans un vide-grenier pendant les vacances, sa grande passion, c'est collectionner les vinyles.
Je me suis donc dit que pour ses vingt ans, j'allais lui acheter un supra vinyle méga collector.
Je cherche, je fouine dans unmagasins de dépot-vente musique, et je trouve Ze vinyle : un coffret collector Nick Drake Fruit Tree. A 80 euros. Dans la logique du qui ne tente rien n'a rien, je vais voir le vendeur, et je lui fais :
"Dites, c'est le bon prix qu'il y a marqué là?"
Lui : "Ben... ouais!"
Moi : Ah... C'est choqunant vous savez, je suis sûre que jamais Nick Drake n'aurait voulu que sa musique se vende à ce prix là. Monsieur, pensez à mon ami fan de Nick Drake qui pleurera de savoir que je n'ai pas pu acheter ce vinyle. Je vous en offre 15 euros.

Bien sûr le mec a ouvert des yeux comme des boules de pétanque, et a commencé à hurler que je ne savais pas de quoi je parlais, que c'était du méga collector de la mort qui tue, et autres billevesées.
J'ai ri en rejetant mes cheveux vers l'arrière, mais j'ai vite abandonné l'idée de faire du gringue à Roger, 50ans, étroit d'esprit, large du popotin.
J'ai alors placé mon argument ultime : "Ecoutez, si je ne peux pas avoir ce vinyle à 20 euros, ma vie n'est plus qu'une montagne de caca."
C'est à ce instant précis qu'il a eu des doutes sur mes capacités mentales.
J'ai donc reposé le Nick Drake la mort dans l'âme, et j'ai finalement acheté le Berlin de Lou Reed.
Et finalement, quand Jivé a ouvert le cadeau, il a été aussi heureux que si je lui avais offert le Collector Fruit Tree de Nick Drake.

Ma relationship with Jivé me vaut des commentaires de gens que je connais à peine, à l'école. Du : "j'étais sure que vous finiriez ensemble, je l'ai su dès que je vous ai vu faire les gogols pendant le cours de droit" (une fille de mon TD) au : "C'est ELLE la fille avec qui il sort? J'y crois trop pas, sa race, comment elle est pas belle !"
Mais bon, j'assume à fond ma pas bellitude, j'ai dit à Jivé qui voulait répondreun truc bad aux deux garces (un truc méchant à la Jivé, c'et à dire "Mesdemoiselles, sachez qu'il est totalement inélégant, voire même over-bitchy, de rire des défauts physiques d'une autre personne, surtout quand cette personne n'en a que très peu (je suis obligée d'inventer, je sais pas ce qu'il aurait dit réellement). En outre, pour ma part, sachez que seule la beauté de l'âme est propice à l'inclination du coeur. Et d'ailleurs, bande de morues lubriques, sachez que la méchanceté qui vous habite vous sortira par toutes les pores sous la forme d'horribles bubons purulents, la bave de crapaud n'atteint pas la Judith.") (et puis il aurait saigné du nez de s'être trop énervé.)

A part ça, Jivé a la fâcheuse tendance à penser qu'il est le centre de mon univers, même si j'arrive très bien à lui faire croire qu'il se gourre. Sauf que des fois, il se gourre vraiment. Exemple choisi, alors que j'étais à la bibliothèque en train de me gaufrer Norbert Elias qui parlait de trucs sales comme l'hygiène.
Lui : Et Dju, qu'est ce que tu fais, tu viens? On va boire un coup."
Moi "Ecoute Jivé, c'est pas posible, je bosse."
Lui : "Tu bosses? Toi? Qu'est ce qui va pas, dis moi tout."
Moi (à la limite de l'ultra-vénère) : Jivé, laisse-moi tranquille et arrête de me prendre pour une handicapée mentale.
Jivé : Oh, j'ai compris. Ecoute, si c'est pour me plaire, te donne pas cette peine, c'est pas pour ça que je sors avec toi, et, à mes yeux, tu n'es pas une handicapée mentale. Et puis je trouve ça mignon quand tu confonds Heidegger et Hegel. D'ailleurs, tu te souviens quand tu m'as dit que Habermas avait pécho Hannah Arendt? J'ai bien rig...
Moi (ultra vénère) : Jivé, si je lis Norbert, c'est parce que l'école a failli me renvoyer l'année dernière à cause de mes notes et de mon assiduité, comment dire, défaillantes. Alors, trève de billevesées mes motivations sont égoïstes.
Lui : Ah... Non mais bon, je croyais, parce qu'on en a parlé ce midi. De Norbert. Avec Denise. C'est pour ça.
Je lui ai répondu que jamais je ne lirai du Norbert pour quelqu'un d'autre que moi-même et un prof .
Il a pincé les lèvres et a fait : Je peux t'aider si tu veux, j'ai lu des études sur Norbert.
Je lui ai répondu que mais non, vas-y, t'embête pas. Parce que, sans blague, c'est surement pas pour ça que je suis avec lui.

C'est d'ailleurs grâce à cet exposé que j'ai rencontré Hans, un étudiant étranger autrichien. Il s'est ramené et a fait : "C'est toi Youdith ?"
"Non, moi c'est Ju... Heu, oui, c'est moi."
"J'ai envoyé un mail au prof et il a dit à moi que tu faisais le même exposé que moi, mais je ne comprends pas l'exposé."
J'ai donc tenté de lui expliquer, et ça se voyait qu'il se concentrait à mort. Son front se plissait, ses sourcils formaient des accents circonflexes. Et finalement, il comprit. Et comme il a eu une note tout à fait acceptable, maintent, il nous tape souvent la discut' et s'incruste parfois quand on sort.
J'ai aussi rencontré Philomène (oui selon elle, ses parents sont tout ce qu'il y a de plus stranges dans ce que l'époque psychédélique a pu engendrer, et ils ont appelé son frêre Hyppolite ("ils kiffent la mythologie")) qui faisait du co-voiturage vers Paris. Il y avait aussi un mec, mais il n'a pas ouvert la bouche et a lu toute la durée du tajet (sans vomir, exploit, ce gars est un extra-terrestre). Sauf que malgré le fait qu'on ait vraiment rigolé et qu'elle ait de bons gouts musicaux, jamais je ne retenterai l'expérience. A un moment, j'ai carrément cru qu'on avait fait un virage sur deux roues ("mais nan qu'est-ce que tu racontes, on n'est pas dans Die Hard"), et j'ai cru qu'on allait tous mourir quand elle a forcé le passage à un camion tétu sur une voie d'insertion (j'ai même entendu le type derrière dire un truc style : "Sainte Marie Mère de Dieu !")

Mais avant tout ça, il y a eu l'intégration des premières années. C'était aussi marrant que l'année dernière qauf que je n'avais plus l'impression qu'on me prenait pour un bébé. Par contre, je suis marraine d'un type (Alexandre), et la première chose qu'il a fait, c'est me demander toutes mes disserts de l'année dernière. J'ai pas trop kiffé. Surtout que le type est so unglamorous. Pendant la soirée boîte il s'est mis entièrement nu sur le podium, avant de vomir sur une fille et de se casser la gueule sur un gars qui arborait, le lendemain, un énorme cocard.
"Au moins, m'a dit Jivé, ma filleule ne m'a rien demandé et s'est tenu correctement"
Je lui ai répondu que draguer son parrain qui était visiblement avec une autre fille, en se bavant dessus et en gloussant comme une pétasse, n'était pas ma définition du fait de se tenir correctement.
Jivé : "Oh la jalouse..."
J'ai failli lui mettre une tarte, mais j'ai préféré rire.
Sauf que depuis, cette fille n'arrête pas de le coller.

Bon, j'ai pas tout dit trop de trucs se sont passés. Je me fais pardonner avec une vidéo de Bat for Lashes, okay? Allez quoi....