La fête des mères est un truc bizarre inventé sous le gouvernement de Vichy par un type pas très sain du bonnet (Travail, Famille, Patrie, oh yeah), mais ça tout le monde l'a oublié.
C'est peut-être parce que ma mère est un dictateur ahahahahahahah (maman, si tu me lis, repose cette poêle, c'est pour dec')
Bref, étant dans un élan festif, j'ai décidé de faire la cuisine pour ma mère, pour la fête des mères. Quand je lui ai dit ça, elle m'a regardée et m'a fait : "Je ne croyais pas que c'était possible. Je veux dire, je croyais que tu te faisais livrer des pizzas tous les jours"
Moi : Quel humour ahahahahah
Elle : Non je suis sérieuse.
Bref, j'ai décidé de lui faire des "galettes de pâtes aux oignons nouveaux" et un fondant au chocolat basique. Tant que la chose est à l'état de projet, tout va bien.
Bon, la galette de pâtes, il faut des cheveux d'anges. Finalement, les cheveux d'ange, c'est des spaghettis, mais en moins gros, donc si je prends des spaghettis, ça roule. Il faut des oignons nouveaux, alias "oignons-grelots". Tout ce que j'ai, c'est des oignons d'âge mûr tendance "oignons-pastèques". Ca ira. Des épinards frais hachés. Disons que les épinards surgelés vont forcément devenir frais, car froid-gelés à la base. Ah ouais, les tomates séchés, ça existe?
Maintenant que j'ai tous mes ingrédients qui ne vont pas, il faut faire des actions simultanées super dures ("couper les oignons pendant que les pâtes cuisent" ). Et enuite il faut tout mélanger aux cheveux d'anges qui sont des spaghettis. Forcément, rien ne se mélange aux spaghettis, tout le monde le sait. Ca s'emmêle comme dans les cheveux d'une vieille prof de littérature, et ça reste sur le dessus.
Pour faire les galettes, il faut les passer sous le grill dans des petits moules à tarte (nan mais c'est bon, j'ai réussi à mettre le mélange dans les moules, je suis pas si handicapée que ça non plus). Sauf que j'ai pas de grill. J'ai même pas de micro-ondes, parce que , selon madame mère : "C'est Tchernobyl dans ta cuisine". Mes yeux se sont posés sur le grille-pain, et j'ai failli avoir une idée lumineuse, mais je me suis auto-censurée à temps.
Le résultat, non seulement ultra moche, était en plus, ultra peu goutû. Mais mes parents ont fait comme si c'était tellement bon qu'ils en reprendrait bien un peu, mais qu'il fallait qu'ils se gardent pour le gateau. (un fondant au chocolat grâce à alsa ou un truc comme ça, chimique jusqu'au bout).

C'est donc avec les souvenirs d'un douloureux échec que je me réveille le lendemain pour mon premier jour de travail dans une banque ( "A bas le capitaliiiiiiiiisme" a hurlé ma mère, qui travaille depuis peu, elle-même, dans une banque.)
Le chef de service m'a accueili en me postillonant : "Tu vas travailler avec Barbara, elle aussi c'est une emploi-jeune" J'ai fait un sourire à Barbara en lui disant bonjour. Je n'aurais pas dû. Elle me parle tout le temps depuis, et elle me scotche comme un bout de chatterton.
Et elle me pose des questions tel : "Comment on fait une moyenne avec Excel?"
Moi : "Chai pas" (je sais, c'est méchant, mais au bout de la 30e question en trois heures, ça devient dur) (dont la première qui était: "Ca marche pas, comment je fais?" Réponse de mon être "il faut mettre "égal" en premier")
Elle : "Arrête, je t'ai vu faire des pourcentages tout à l'heure."
Moi : "Ouasi mais je sais faire que ça"
Elle : "Arrête, je t'ai aussi vu faire des camemberts tout à l'heure"
Moi : "C'est toi le camembert"
Elle l'a même pas mal pris.
Elle a mangé avec moi hier et aujourd'hui, un sandwich bio au pâté de légumes, pendant que je me prenais un repas normal à la cafète. Mais aujourd'hui, il y avait des gens du service qui ont tenté de savoir ce que je voulais faire plus tard. J'ai fait mon discours chai-pas-journaliste-ou-rockstar-ahahaha-je-sais-ça-fait-pas-très-sérieux-ahahah
Et là, Linda la comptable trop funky a dit : "Ca c'est bien des rêves de jeunes..."
Quant à Barbara, elle a dit : "Je veux être avocate pour sauver les petites gens exploités par cette société insécuritaire et insécurisante" Ou une connerie du genre.
Linda la comptable a ouert des grands yeux et a dit "Oh cette jeunesse, cette ambition, ça donne de l'espoir."

Même vielle, jamais je serai comme Linda la comptable.